Mardi, avril 3, 2007

Assaad Chaftari

Membres d'I&C-Liban, quatre Libanais sont venus témoigner au Canada de leur réconciliation après la guerre.

Changer au Liban, un témoignage pour tous

A l’heure où toutes les caméras du monde filmaient le départ des soldats syriens du Liban, une délégation de quatre Libanais, membres d’Initiatives et Changement, portait un message de paix en Amérique du Nord.

L’événement est moins médiatique il est vrai ; les paroles prononcées ont pourtant eu un impact certain.

« Oui, nous avons eu tort et nous osons le dire ». Ainsi Assaad Chaftari, qui détenait un poste-clé dans la milice chrétienne durant la guerre civile libanaise (1975-1990), a publié en février 2000 une lettre demandant pardon à ceux qui avaient été ses victimes. Puis Moheiddine Chehab, ancien commandant d’une milice musulmane sunnite, a demandé pardon à son tour à ses anciens ennemis et s’est rendu dans des quartiers chrétiens pour en rencontrer les habitants.

Lebanese in Canada

De Libanais à Libanais, le chemin de la réconciliation. « Oui, nous vivons la réconciliation et nous la voulons pour notre pays ». Ramez Salamé a déposé les armes peu après le début de la guerre et a choisi d’œuvrer pour rétablir un climat de paix civile dans son pays. Roweida Saleh, quant à elle, fait partie de cette nouvelle génération engagée qui souhaite guérir les blessures d’une guerre dévastatice.

Tous les quatre ont été invités par Initiatives et Changement aux États-Unis et au Canada pour témoigner de leur expérience. Conscients de la force de leur message, ils ont relevé le défi d’un agenda bien rempli et de rencontres bouleversantes.

Quel programme ! Les rendez-vous, conférences, rencontres se sont succédés : avec des officiels (élus, fonctionnaires, diplomates…), des responsables d’ONG, des personnalités religieuses, des universitaires, des journalistes et de nombreuses autres personnes, notamment de la diaspora libanaise. Soif de ces Libanais exilés, de cette jeune génération blessée et révoltée contre ceux qui ont participé à la guerre. Les cœurs sont touchés quand ils entendent : « Je vous demande pardon car c’est à cause de moi que vous avez dû fuir le Liban ». Quel plus beau témoignage que de leur dire : les choses évoluent, aujourd’hui, la situation n’est plus la même ! Nous voulons reconstruire une société multiculturelle et multireligieuse et savourer cette belle salade de fruits qu’est notre pays », affirme avec passion Roweida.

Moment fort de partage, chez des amis mennonites à Ottawa, où un groupe islamo-chrétien se réunit régulièrement. L’un des membres, venu du Liban et réfugié au Canada, confie : « J’ai vécu dans tel camp, à tel moment… vous vous souvenez, M. Assaad ?... (silence gêné)… j’ai perdu six membres de ma famille à cause de vous… (lourd silence, larmes dans les yeux)… mais j’ai entendu votre demande de pardon hier à l’université… (chaque mot est pesé)…. et je voudrais vous dire merci, merci pour ce que vous faites aujourd’hui… moi aussi, j’œuvre pour la réconciliation dans mon pays. » Moment de communion en silence. L’un et l’autre échangeront par la suite. Une guérison mutuelle s’est-elle opérée ? Guérir le passé. Écho d’une autre rencontre, aux États-Unis cette fois, quand une personne de la région du nord du Liban est venue s’excuser pour les méfaits et les malheurs occasionnés au groupe d’Assaad pendant la guerre. Reconnaissance d’une responsabilité partagée.

Une autre manière de « guérir le passé » fut de se retrouver à côté de personnes venant de pays contre lesquels ils avaient combattu (diplomates ou citoyens israëliens, élèves officiers de la marine américaine). Combat intérieur, déchirement : accepter ou non la rencontre. Chacun avance à son propre rythme. Dans tous les cas, une ouverture et une prise de conscience se font. Le changement se poursuit.

A l’ouverture d’un symposium sur la paix à Ottawa, Moheiddine s’adresse à la communauté soudanaise : « Nous voulons vous dire que la paix et la réconciliation sont possibles, et que nous sommes à vos côtés dans ce processus ». Plusieurs Soudanais se sentent interpellés et remercient, ils souhaiteraient que la délégation libanaise se rende dans leur pays. Pour d’autres, les témoignages sont difficiles à entendre (« Nous n’avons pas le même Coran ») et les questions demeurent (« Comment se pardonner entre différentes religions ? »).

A la mosquée, Moheiddine s’adresse à l’imam qui les reçoit chaleureusement et fait appel à sa responsabilité en tant que leader religieux pour ouvrir les coeurs. Il évoque son expérience au Liban où l’ignorance et les préjugés entretenus ont contribué à la guerre.

Un message universel pour aujourd’hui Le message a été également entendu par leurs hôtes canadiens, fiers de leur société multiculturelle. « Nous aussi, nous avons à prendre des leçons de vous pour construire une société guérie de ses blessures et mieux vivre entre premières nations, francophones et anglophones », confie une jeune journaliste, visiblement émue par leurs témoignages.

A Montréal, huit organismes interreligieux ou oeuvrant pour la paix ont apport. Leur collaboration à Initiatives et Changement et à son principal partenaire, le Cercle Interreligieux de Montréal, pour l’organisation de deux rencontres publiques. Près de deux cents participants ont été touchés par les témoignages de nos visiteurs. Une émission télévisée et un DVD ont été réalisés afin que leur message continue à se répandre.

Ramez Salamé a raconté sa rencontre il y a deux ans avec des protagonistes du conflit burundais auprès desquels il avait aussi témoigné. Des changements d’attitude qui en avaient résultés ont eu un impact sur la situation du pays. Nul doute qu’il y aura aussi des retombées du passage des messagers libanais.

Et si le changement était contagieux… On finit par y croire. Estelle Drouvin Article paru dans la revue Changer International, été 2005.

''La confession des guerriers repentis'' Documentaire de 30 minutes présenté dans le cadre de l’émission Second Regard à la télévision de Radio-Canada le 23 octobre 2005. Il retrace la démarche de pardon des Libanais Assaad Chaftari et Muhieddine Mustapha Chehab, le premier était leader d’une milice chrétienne et le second d’une milice musulmane. Cette émission fait suite aux activités organisées à Montréal à l'occasion de la visite d’une délégation d’Initiatives et Changement Liban en avril 2005. Si vous souhaitez visionner cette vidéo, n’hésitez pas à prendre contact avec I&C-Montréal.