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Les pensionnats autochtones - des traumatismes générationnels à la liberté que procure le pardon

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Le 21 mai dernier, le troisième événement de la série Cercles sur une vision du monde autochtone a eu lieu sur Zoom.

Les pensionnats autochtones — des traumatismes générationnels à la liberté que procure le pardon

Le 21 mai dernier, le troisième événement de la série Cercles sur une vision du monde autochtone a eu lieu sur Zoom. L’aînée Tina Poucette Fox et son fils Trent Fox en étaient les animateurs. Nous avons assisté à une présentation profondément touchante. L’aînée Tina, une survivante des pensionnats autochtones, nous a raconté ses expériences d’élève de même que l’effet qu’a produit sur elle la découverte des 215 tombes anonymes à Tk’emlups te Secwepemc (Kamloops). Au moyen d’un diaporama, Trent a dressé une chronologie des événements historiques et a expliqué les effets générationnels qu’ont entraînés les pensionnats autochtones.

L’aînée Tina a relaté qu’à l’âge de 5 ans, elle a acquis le nom stoney « Îya sa wîyâ ». Sa grandmère avait réuni ses deux sœurs, une cousine et ellemême pour une suerie. « Elle a donné à mes sœurs de beaux noms de fleurs, mais elle m’a dit : “Tu te nommeras : Îya sa wîyâ (Femme illustre de la montagne)”. Comme j’étais impertinente de nature, elle m’a recommandé, en me tapotant le genou, de n’en parler à personne. Aujourd’hui, je suis très fière de ce nom. Il revêt une grande puissance. Il me permet de surmonter tout ce que j’ai subi. »

En 1948, on a annoncé aux parents de Tina qu’il fallait l’inscrire à l’école de Morley. Ses parents étaient enthousiasmés à l’idée qu’elle reçoive une éducation, et sa mère lui a confectionné une superbe robe. « Elle a passé beaucoup de temps à tanner le cuir d’un chevreuil et m’a fait de petits mocassins. Elle m’a revêtue de ces vêtements, puis nous sommes partis en direction de l’école, sur une charrette à chevaux. »

Peu après l’arrivée de Tina à l’école, on lui a retiré ses vêtements, ainsi qu’à deux autres nouvelles, et on les a jetés dans un coin. Tina en a été très effrayée. On a baigné ces enfants au kérosène « qui puait et picotait la peau ». On les a ensuite douchées, puis on leur a donné de nouveaux vêtements. « Je n’ai jamais revu les vêtements que ma mère m’avait faits », affirme Tina. Sa mère est décédée au cours de l’hiver suivant. Comme ces vêtements étaient les derniers que sa mère avait confectionnés pour elle, elle les aurait certainement gardés jusqu’à aujourd’hui si on les lui avait remis.

Pendant son séjour à cette école, Tina a subi des agressions sur les plans physique, sexuel, mental et spirituel. « Après s’être fait répéter durant 11 ans que l’on est “qu’une sale petite Indienne, une bonne à rien”, on sort de l’école dépourvu de toute estime de soi, en pensant que l’on ne répond jamais aux attentes, que quelque chose cloche en soi. »

Dans les années 1990, la communauté de Tina a organisé des séances portant sur la guérison interne. Cellesci ont aidé elle et d’autres femmes à gérer la colère, le ressentiment et la douleur qu’elles ressentaient. « J’ai enfin pu me soulager de ma colère et de ma haine, et j’ai connu la paix. » On dit que les gens agressés deviennent souvent des agresseurs, et ce dicton s’est avéré pour elle. Elle se dit toutefois reconnaissante de ce qu’à l’heure actuelle, ses enfants vont bien et qu’elle jouit d’une bonne relation avec eux.

La découverte des tombes des enfants à Kamloops l’an passé ainsi que les récits des aînés ont ravivé la plaie de Tina. Des élèves de sa communauté, plus âgés qu’elle, se sont souvenus que des enfants avaient disparu et qu’ils n’étaient jamais revenus à la maison. Elle craint que plus de blessures ne soient rouvertes au fil des recherches. « C’est cependant notre vécu. Nous continuons de vivre, mais quand autre chose se produit, la blessure se met immédiatement à saigner. »

« On ne peut vivre de haine. Nous devons trouver une manière de pardonner; de pardonner, mais sans oublier. » Elle a d’ailleurs pardonné à ceux qui l’ont maltraitée. « Je leur ai pardonné, ce qui m’a libérée de la haine que je ressentais. Dans nos collectivités, beaucoup souffrent de dépendances au moyen desquelles ils engourdissent leur mal et continuent de vivre leur vie. Nous avons besoin de plus d’ateliers de guérison pour nous permettre d’aborder les questions fondamentales que nous tentons d’oublier. »

Les répercussions des pensionnats autochtones se sont fait sentir de génération en génération, et ce, jusqu’à la génération actuelle; Trent le sait par expérience. Au moyen d’un diaporama, Trent a montré aux participants une chronologie des événements historiques. Il a nommé sa présentation, avec beaucoup d’àpropos, « Every Child Matters » (Tous les enfants comptent). Il est remonté aux débuts des pensionnats autochtones, en 1831, quand le premier ministre Sir John A. Macdonald a déclaré que les enfants indiens devaient être soustraits à l’influence de leurs parents « afin d’en extirper l’Indien ». Ces pensionnats n’avaient pas seulement pour but d’éduquer les enfants, mais aussi de leur faire oublier leur culture et leur langue. En 1907, le Dr P. Bryce a dénoncé les conditions sanitaires dans ces pensionnats, en disant qu’elles représentaient un crime national. Personne n’a jamais réagi à son rapport. En 1969, le gouvernement fédéral a repris des mains de diverses Églises la direction de ces pensionnats.

Comme Tina l’a mentionné, les collectivités autochtones ont à composer avec des dépendances à l’alcool et aux drogues. L’alcool a toujours fait partie de la vie de famille de Trent, mais celuici affirme que, pour la première fois de sa vie, sa mère a des enfants qui ne boivent pas et qui mènent une vie remplie de sens.

Trent a posé la question : « Comment pouvonsnous travailler à la réconciliation quand les jeunes ignorent la vérité? À l’école, on nous a parlé des traités, mais pas des pensionnats autochtones. » Il croit que la réconciliation va prendre du temps, et qu’elle doit s’amorcer à la maison, entre amis, ainsi qu’au sein des collectivités autochtones, des familles et des pays.

Il faut dire la vérité! On doit enseigner dans les écoles toute l’histoire des Autochtones et de leurs diverses cultures. Comment les nonAutochtones pourraientils comprendre les questions autochtones si personne ne les leur communique? Les nonAutochtones ont beaucoup d’occasions d’en apprendre plus. Nous devons tous contribuer à la guérison chaque jour, en affrontant la vérité. « Je veux me montrer solidaire de la vérité et respecter ceux dont l’opinion diffère de la mienne. On peut toujours se trouver un terrain d’entente à partir duquel on peut aller de l’avant. »

Après la tenue de cet événement, Trent a écrit ce qui suit, et qui me motive à changer : « En tant qu’Autochtones nous ne sommes pas dirigés par l’horloge, nous saisissons plutôt des occasions quand c’est le bon moment. Ma mère a réussi à surmonter sa colère, et je suis reconnaissant de ce que des nonAutochtones veulent connaître la vérité. Des films tels que We Were Children et Cheval indien livrent des récits importants. Je vois les nonAutochtones de tous les milieux comme des ambassadeurs qui peuvent recommander que l’on se familiarise avec les faits avant de porter un jugement. Si nous parvenons à influencer une personne, celleci peut en influencer d’autres à son tour. Îsniyes, pinamaye. »